case study

’Observatoire de la mobilité durable (OMD) est
un organisme de l’Institut d’urbanisme à l’Université de Montréal (UdeM), créé
en 2008. Il est le fruit d’une initiative avec l’Association du transport
urbain du Québec (ATUQ), la ville de Montréal ainsi que l’Union des
municipalités du Québec (UMQ). L’Observatoire « a comme mission d’étudier la
mobilité et le transport des personnes et des marchandises dans une perspective
intermodale, en regard des choix et des pratiques d’urbanismes et d’aménagement
du territoire et à la lumière des impératifs du développement durable. »[1]

Ainsi, l’organisme s’intéresse à la place du
transport collectif dans la stratégie de développement du transport durable, au
rôle des municipalités et acteurs du transport public dans le façonnement de la
mobilité, ainsi que les liens entre le contexte urbain et les méthodes
d’urbanisation associées[2].
De plus, l’OMD se dévoue à recenser les innovations dans la pratique de la
mobilité durable sur tout le territoire québécois. L’observatoire tient donc
plutôt une position académique, portée sur l’évaluation des politiques de
mobilité et l’avancement du savoir afin d’informer décideurs politiques et
acteurs concernés.

Pour ce faire, l’équipe de l’Observatoire est
constituée de chercheurs universitaires québécois et ontariens ayant des
expertises diverses, tel que l’urbanisme, la science politique et le génie
civil, accompagnés d’étudiants en urbanisme de l’UdeM. Un comité scientifique
international participe aussi aux études effectuées par l’organisme.[3]

L’observatoire
de la mobilité durable, comme son nom l’explicite, s’intéresse aux questions de
mobilité durable sous le postulat qu’elle « constitue le fondement des
échanges sociaux, culturels et économiques qui animent et façonnent nos
sociétés. »[4]
Comprise ainsi, les plans d’aménagement urbain et décisions concernant les
infrastructures de transport ont le pouvoir d’affecter la vie des citoyens de
façon significative en fonction de leur âge, leur statut socio-économique, leur
position géographique ainsi que leurs besoins en termes de mobilité.

De
plus, les chercheurs reconnaissent que les avancées technologiques, plus
particulièrement dans les transports mécanisés, ont amélioré la rapidité du
transport de personnes et de marchandises, augmentant ainsi la mobilité de
façon générale. Cependant, ils y associent aussi plusieurs problèmes, tel que
la dépendance à l’automobile et aux carburants fossiles, la détérioration de
l’environnement dû aux émissions de gaz et à la construction des
infrastructures, et les fréquentes pointes de congestion.[5]

L’OMD
stipule aussi que la demande croissante des usagers du système de transport ne
peut pas être balancée simplement en augmentant « l’offre en équipements, en infrastructures et en services de
transport ».[6] De là relève tout le défi
de la mobilité durable, et cet organisme propose d’étudier les problématiques à
la source, afin de faire ressortir les iniquités sociaux, culturels et
environnementaux qu’une mauvaise gestion du territoire peut emmener. Les
membres sont parfois menés à présenter les résultats de leurs recherches aux
groupes intéressés comme d’autres urbanistes, des géographes, des élus
municipaux, etc.[7]

            L’OMD, étant rattaché à l’Université de Montréal, est une
organisation non-politique de nature académique, c’est-à-dire que ses membres
publient et participent à des évènements scientifiques ou consultatifs. Ainsi,
les positions qui sont défendues représentent l’avis des chercheurs.[8]

L’organisation se
concentre sur la production d’études académiques sur divers sujets portant sur
la mobilité durable, ainsi que la participation à différents forums
scientifiques dans le but de faire progresser le savoir sur le sujet. De ce
fait, le public cible pour cet organisme est principalement la communauté
académique ainsi que ceux ayant une influence sur l’aménagement urbain au
Québec. L’organisme publie donc ponctuellement des articles dans des revues
scientifiques, participe à des tables rondes afin d’assister les décisions, et garde
un registre des innovations concernant la mobilité durable sur son site
internet, accessible à tous.

Étant de nature
consultative, les activités impliquant le grand public sont peu nombreuses pour
l’Observatoire. Ayant un public cible plus restreint, les relations médiatiques
sont certainement moins importantes pour l’OMD. Étant donné le format des
activités de l’organisme, les intéressés sont rejoints à leur propre demande où
à travers des cercles restreints.

L’Observatoire
participe à plusieurs évènements organisés par différents groupes ayant tous la
mobilité comme élément en commun. En effet, plusieurs membres se sont présentés
pour des conférences, tables rondes et discussions publiques concernant, par
exemple, les enfants et la mobilité en ville, l’impact des chantiers sur la
mobilité à pied ou à vélo, l’impact des écoquartiers sur la mobilité, pour n’en
dire que quelques-uns. L’organisme recense aussi les nombreuses publications de
ses membres dans les revues scientifiques portant sur la mobilité durable. Bien
que l’OMD soit présent sur cette scène, peu d’évènements sont organisés en son
nom. Le seul effectué était en 2014 avec une journée d’étude où experts et
invités participaient à des tables rondes concernant les enjeux de la mobilité
durable, dont le résumé peut être trouvé sur leur site internet.

Deux
études publiées sur le site de l’OMD attirent l’attention. La première a été menée
par Gabriel Sicotte, sous la direction de la professeur Paula Negron. Elle
porte sur l’exclusion sociale causée par l’aménagement urbain et l’enclavement
du quartier Saint-Michel à Montréal. Elle démontre la mauvaise planification
d’aménagement dans le quartier Saint-Michel suivant la deuxième guerre mondiale
jusqu’aujourd’hui, résultant en un réseau routier dur d’accès et un service de
transport en commun inadéquat.[9]
Cela crée en retour une exclusion sociale qui affecte négativement le statut
socioéconomique des habitants du quartier. Cette étude était d’intérêt
puisqu’elle fait le lien avec un des sujets du panel de discussion
« Detours Ahead : Infrastructure, sustainability and social
inclusion » se tenant le 30 janvier 2018.

            L’étude commence par faire le constat de la défavorisation
du quartier avec trois indicateurs de pauvreté sur quatre plus hauts que le
reste de l’Île de Montréal, ainsi qu’un moins haut taux de diplômés et un plus
haut taux de familles monoparentales.[10]
Elle poursuit en démontrant qu’en raison de l’aménagement urbain et du mauvais
service de transport public, le quartier devient dur d’accès en voiture, mais
particulièrement en transport en commun. Cela pousse plusieurs travailleurs du
quartier, qui se rendent principalement dans l’axe de Saint-Laurent pour
travailler, à y aller en voiture tant le temps de transport est long autrement.
Les déplacements à pieds et à vélo peuvent être difficiles aussi, plus
particulièrement près de la métropolitaine, du boulevard Industriel et de la
voie ferrée.[11]

            L’intérêt de la recherche réside cependant dans l’analyse
de l’impact de cette situation sur la défavorisation des habitants du quartier.
En effet, la situation est telle que plusieurs travailleurs se voient obligés
de réduire leurs déplacements pour les loisirs ainsi que le travail.[12]
Les déplacements hors du quartier sont presque tous faits en automobile en
raison du temps beaucoup trop élevé des trajets en bus. Or, même la mobilité
est affectée à l’intérieur du quartier, forçant plusieurs à obtenir leurs biens
et services à proximité, souvent à qualité moindre ou à plus haut prix[13].
L’auteur de la recherche suggère qu’un cercle vicieux de pauvreté s’est ainsi
installé.

            Les propositions qui sont emmenées pour régler ce
problème relèvent principalement d’une revitalisation du système de transport
public afin de répondre aux besoins réels en mobilité de la population, car le
peu d’initiatives présentement en place priorisent la liaison au centre-ville,
qui ne représente pas la destination générale du flux de personnes.[14]

            La deuxième étude d’intérêt a été faite par le membre
chercheur Jean-Philippe Meloche et porte sur le financement du transport
collectif dans la région métropolitaine de Montréal. Cette étude reflète bien
le travail de l’OMD, étant une étude poussée menant à des recommandations quant
aux mesures de financement, présentée à la Conférence régionale des élus des
Laurentides en 2012. D’abord en dressant le portrait de la situation à
Montréal, puis en la comparant à d’autres villes canadiennes et à la
littérature concernant la mobilité durable, Meloche tire 6 recommandations.
Selon ce dernier, « Les
mesures déployées doivent permettre un financement adéquat du réseau sans
négliger les économies potentielles qui peuvent être faites du côté des dépenses. »[15]

            Ainsi, l’étude propose une réorganisation du système du
financement qui prône une moins grande intervention de la part du gouvernement
provincial afin de diminuer la bureaucratie et inciter des décisions plus près
des demandes des usagers. Cela transfèrerait la responsabilité du financement
plutôt vers les municipalités, dans un ordre d’environ 30 à 40%. Ce
financement, soutenu par les taxes foncières, inciterait l’achalandage puisque
les usagers en bénéficieraient davantage. L’auteur explique que ce type de
financement diminuerait les disparités entre municipalités bien et moins bien
nanties.[16]

            Une proposition qui semble innovante est celle de repenser
les réglementations et les tarifs sur les stationnements, tant privés que
publics, afin de diminuer la congestion. En effet, selon Meloche, le système de
péage serait théoriquement plus efficace, mais la situation géographique de
Montréal favoriserait un système incitatif par le coût du stationnement. Cette
proposition est un bon exemple de comment des politiques éclairées peuvent être
tirées de l’étude des différentes composantes de la mobilité.[17]  

            Ce qui se dégage de ces deux études est entre autres
l’importance du transport en commun pour la mobilité de plusieurs citoyens. En
effet, on peut comprendre que l’accès à un réseau de transport répondant aux
besoins des usagers, en termes d’achalandage, de trajet et de tarifs, est
important pour diminuer certains problèmes causés par le système actuel, qui
favorise l’automobile.

Une
critique de l’OMD qui semble à faire porte sur son manque de visibilité au
public. Étant donné sa nature académique, il est normal que le focus soit sur
la production de recherches scientifiques et la participation à divers forums.
Seulement, les concepts d’aménagement urbain et de mobilité demeurent assez
sombres pour la majorité de la population, qui, pourtant, tel que mentionné
précédemment, est fortement affectée par ces décisions. En raison de la place
que prend le transport dans le débat public, revigoré par les dernières
élections à Montréal, le commun des mortels bénéficierait grandement d’obtenir
davantage d’informations sur ce sujet. Les citoyens seraient certainement plus
interpellés à utiliser des modes de transport durables, mais aussi à se
positionner quant aux décisions démocratiques.

L’ajout
de ressources vulgarisées sur leur site internet en ce qui a trait aux enjeux
de l’actualité pourrait donc aider à la cause qu’est la mobilité durable, car
l’OMD rejoindrait un plus vaste éventail de personnes. On peut cependant
comprendre que cela ne répond pas nécessairement au mandat de l’organisation,
et que ses membres souhaitent garder leurs activités telles quelles. Étant
affilié à l’UdeM, l’Observatoire n’est pas un organisme militant, et les
chercheurs n’effectuent que des recherches et événements de façon sporadique.
L’ajout de telles ressources peut être une contrainte en temps et en travail
qui ne convienne pas.

Ceci
étant dit, l’OMD publie assez régulièrement des études, et participe aussi à
plusieurs rencontres chaque année. Dans le domaine de l’urbanisme, il est donc
une ressource fiable puisque les publications sont d’actualité et évoluent avec
le contexte. Le recensement des initiatives en mobilité durable sur le
territoire fournit aussi d’importantes informations pour tout acteur souhaitant
s’inspirer de ce qui se fait au Québec. On peut donc dire que cet organisme
répond adéquatement à son mandat.

            Pour conclure, l’OMD est un organisme publiant des
recherches et participant à divers évènements, dans le but d’assister décideurs
et chercheurs en rapport avec le transport. L’organisme n’a organisé qu’un seul
événement, soit une journée de tables rondes concernant les enjeux de la
mobilité durable. Cependant, ses membres ont publié plusieurs études, notamment
sur le financement du transport public et l’accessibilité du secteur
Saint-Michel, qui toutes deux ont en commun de suggérer qu’une planification
urbaine à long terme visant l’intensification des services de transport en
commun serait bénéfique. Bien que cet organisme rejoigne peu le public, il
semble toutefois répondre très bien à son mandat, en raison du grand nombre d’études
publiées et d’événements auxquels ils ont participé, ce qui leur donne une
bonne visibilité dans le milieu.

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Meloche,
Jean-Philippe. « Le financement du transport en commun dans la région
métropolitaine de Montréal », Recherche réalisée pour le compte de La
Conférence régionale des élus des Laurentides », OMD, Février 2012

Sicotte,
Gabriel. « Les déplacements vers le travail chez les populations
défavorisées de Saint-Michel : des conditions de mobilité
difficiles », dir. Paula Negron-Poblete, OMD, 2013, 42 p.

Site
web de l’Observatoire de la mobilité durable, accédé en novembre-décembre 2017,
http://www.obsmobilitedurable.umontreal.ca/index.html

[1] « Accueil »,
Observatoire de la mobilité durable, accédé novembre-décembre 2017,
http://www.obsmobilitedurable.umontreal.ca/index.html

[2] « Objectifs »,
Observatoire de la mobilité durable, accédé novembre 2017,
http://www.obsmobilitedurable.umontreal.ca/objectifs/objectifs.html

[3] « Professeurs associés à
l’observatoire », Observatoire de la mobilité durable, accédé novembre
2017, http://www.obsmobilitedurable.umontreal.ca/equipe/professeurs.html

[4] « Contexte »,
Observatoire de la mobilité durable, accédé novembre 2017, http://www.obsmobilitedurable.umontreal.ca/objectifs/contexte.html

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] « Communications »,
Observatoire de la mobilité durable, accédé décembre 2017,
http://www.obsmobilitedurable.umontreal.ca/recherche/communications.html

[8] Jean-Philippe Meloche, « Le
financement du transport en commun dans la région métropolitaine de
Montréal », Recherche réalisée pour le compte de La Conférence régionale
des élus des Laurentides », OMD, Février 2012

[9] Gabriel Sicotte, « Les
déplacements vers le travail chez les populations défavorisées de
Saint-Michel : des conditions de mobilité difficiles », dir. Paula
Negron-Poblete, OMD, 2013, p. 12

[10] Ibid.,, p. 6

[11] Ibid., p. 15

[12] Ibid., p. 33

[13] Ibid., p. 31

[14] Ibid., p. 35

[15] Meloche, p. 79

[16] Ibid., p.79-82

[17] Ibid., p. 81